Si je vous dis dopage, beaucoup de ma génération vont penser cyclisme, pour ceux qui ont grandi dans les années 80/90, ce sera plutôt l'athlétisme. Pourtant ce qui nous amène à ce sujet aujourd'hui, c'est le tennis. Cette année, les athlètes qui ont fait la une pour dopage sont deux tops joueurs de tennis, Jannik Sinner et Iga Swiatek.
La tête de proue du Jiu Jitsu Brésilien/Grappling, Gordon Ryan est un avocat des stéroïdes. Ce dernier pense que les sports, tels que le MMA, gagneraient en popularité en autorisant les produits dopants. Un peu comme le catch avec des combattants piqués à différents types de produits, l'Américain voit le spectacle avant tout. Une idée qui peut se comprendre, cela rendrait le tout équitable ... Avec cette possibilité, un combattant "clean" ne serait que plus méritant.
Celui qui est considéré comme le plus grand combattant de tous les temps en MMA, Jon Jones, a été contrôlé positif plus d'une fois. Cela n'empêche pas l'UFC de promouvoir sa performance sous substance (qui a été annulée depuis) face à Daniel Cormier comme l'un de ses plus grands Highlight. D'un autre côté, un combattant tel que TJ Dillashaw lui est jeté en pâture, et presque retiré des livres d'histoire de l'UFC. Au point même que ses échantillons des combats précédents ont été réévalué afin de pouvoir retiré ses victoires contre leur protégé Cody Garbrandt. Pourtant, TJ a reconnu et a expliqué les raisons de la présence de substance interdite dans son métabolisme, ce que n'a pas fait Jones. Un regard différent selon la stratégie de défense, ou simplement un regard différent selon le traitement médiatique ou le traitement fait par les institutions ?
Autre exemple, l'homme le plus rapide du monde a souvent été un homme sous produit. Nous pouvons vous faire une longue liste pour remplir l'article, mais ce n'est pas le but. Nous allons parler des cas de Carl Lewis et de Justin Gatlin, l'un est a jamais un héro, l'autre est un paria.
Carl Lewis a marqué une génération, par son style, sa versatilité et son talent. En 1988, alors qu'il avait déjà fait 4 médailles lors des jeux précédents, il prend part à l'une des finales du 100 mètres les plus épiques. Face à Ben Johnson qui établit à ce moment un nouveau record olympique et mondial, Carl Lewis fait la course de sa carrière. Malgré un départ difficile, il réussit à prendre la seconde place, ce qui lui permet de finir champion olympique. En effet, le Canadien voit son record effacé et sa médaille retirée suite à un contrôle positif. Seulement, après la course, les résultats tombent et Carl Lewis est aussi contrôlé positif à une substance interdite. Si le comité ne lui retire pas sa médaille, sa performance est définitivement entachée. Toutefois, cela n'enlève rien à l'aura de Lewis. Johnson prend le rôle du méchant pour cette fois ce qui fait oublier que Carl est aussi un tricheur.
Certains diront que c'est propre à une certaine période, mais dans les années 2000, c'est au tour de Justin Gatlin de prendre le rôle du méchant. Lui qui a gardé une place de rang pendant plus de 10 ans dans le circuit, a été aussi décrié pendant toute cette période. Beaucoup diront que la suspension à vie aurait dû tomber pour Justin Gatlin, pourtant grâce à lui, nous avons eu la chance de voir de belles courses pour Usain Bolt. Asafa Powell, ou encore Johan Blake ont eux aussi été reconnus coupables de dopage, mais n'ont pas subi la foudre autant que l'Américain. Comment expliquer cela ? Le (manque de) charisme ? Ou simplement l'attitude vis-à-vis du dopage ? Gatlin a pourtant toujours nié le fait de vouloir améliorer sa performance avec l'aide de produit interdit, il va même jusqu'à accusé son masseur de lui appliquer une crème aux composants bannis.

Cette vision du méchant et du gentil joue énormément dans la narration d'un cas de dopage. Dans le tennis, cela n'échappe pas non plus. En 2016, Maria Sharapova toujours vue comme l'antagoniste dans l'histoire de Serena (alors qu'elle ne l'a battu que deux fois en carrière), est contrôlée positif au meldonium. Cette substance, autorisée jusqu'en 2015, est présente dans le test de l'athlète russe pendant l'Australian Open. Un séisme pour la planète Tennis, la star accepte 2 ans de suspensions et reconnait sa faute, puisqu'elle ne s'est pas renseignée sur la liste des produits interdits pour cette année. En France, des journalistes trouvent intéressant de moquer ses explications, puisque Maria dit prendre du meldonium pour faire face à un potentiel cas de diabète, et qu'en parallèle elle développe une marque de bonbons. Le fait qu'elle soit Russe joue aussi un rôle dans la narration, tout en sachant qu'elle a passé la majeure partie de sa carrière aux Etat-Unis.
C'est ensuite Simona Halep qui est vilipendée en 2022 suite à un contrôle positif. Cette dernière crie directement à l'injustice et clame son innocence. Son adversaire de Roland Garros 2014 avait écopé de 2 ans de suspension, Simona, quant à elle reçoit 4 ans. Dans une période de changement de génération dans le tennis, c'est un énorme coup d'arrêt pour la Roumaine. Pourtant cette année après des longs mois de combat et une plainte contre la société ayant produit les suppléments teintés, Halep a obtenu gain de cause et a vu sa sanction réduite à 9 mois.
Cette semaine, c'est Iga Swiatek, l'une des joueuses ayant eu le plus long règne de numéro 1 à seulement 23 ans qui nous communique qu'un contrôle positif à un produit teinté l'amène à une suspension d'un mois. Suspension qu'elle effectue entre novembre et décembre, soit hors de la "saison régulière". On peut voir par là une différence de traitement, lorsqu'on sait le temps qu'a pris le cas Simona Halep. De même pour Jannik Sinner, actuel numéro 1 au classement ATP, qui a été rapidement blanchi après avoir échoué deux contrôle anti-dopage à la suite. Du côté des médias, mis à part un petit post perdu entre iShowSpeed et les résultats de F1, rien n'est fait.

La question se pose alors, doit-on traiter tous les athlètes contrôlés positif comme des tricheurs, ou doit-on prendre chaque cas avec toute leur complexité ? Que faire d'une substance bannie dans un pays/état, mais autorisée dans un autre ? Les suspensions, sont-elles mises en place afin de punir, dissuader, ou simplement pour suivre un protocole ? Les auditions, doivent-elles être rendues public ? Doit-on traiter différemment un athlète qui ne se présente pas son test et un athlète qui faillit à son test ?
Toutes ces interrogations qui sont mises de côté pendant la narration médiatique ... C'est ainsi qu'un Tony Yoka n'est pas vu comme un tricheur malgré une suspension, mais que n'importe quel autre combattant polonais est immédiatement accusé d'être "chargé". Une éducation, sur le dopage, sur le nombre de tests effectués, sur les différents organismes extérieurs qui interviennent, doit être mise en place. Ce n'est pas tous les jours qu'un athlète au plus haut niveau est reconnu coupable de dopage, chaque cas devrait alors être une étude permettant de comprendre le degré, et ainsi la suspension.
Le cas Iga Swiatek nous a particulièrement remonté, puisqu'il s'apparente à une supercherie, avec une suspension courte et inutile dans une période sans tournoi, le tout pour faire croire à un semblant d'équité et de justice ... "On s'attaque même aux meilleurs" mais dans quelles circonstances ?